Amen (Jacques Réda)

Nul seigneur je n’appelle, et pas de clarté dans la nuit.
La mort qu’il me faudra contre moi, dans ma chair,
prendre comme une femme,
Est la pierre d’humilité que je dois toucher en esprit,
Le degré le plus bas, la séparation intolérable
D’avec ce que je saisirai, terre ou main, dans l’abandon
sans exemple de ce passage —
Et ce total renversement du ciel qu’on n’imagine pas.
Mais qu’il soit dit ici que j’accepte et ne demande rien
Pour prix d’une soumission qui porte en soi la récompense.
Et laquelle, et pourquoi, je ne sais point :
Où je m’agenouille il n’est foi ni orgueil, ni espérance,
Mais comme à travers l’œil qu’ouvre la lune sous la nuit,
Retour au paysage impalpable des origines,
Cendre embrassant la cendre et vent calme qui la bénit.

(Amen, 1968)

5 commentaires sur “Amen (Jacques Réda)

    1. J’ai eu le plaisir de lire les poèmes de Jacques Réda que vous avez partagés sur votre site. 🙂 C’est un maître de lycée qui m’a fait découvrir Réda. Je recopie ses poèmes du vieux polycopié en attendant de recevoir le recueil. 🙂

      Aimé par 2 personnes

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